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SCHALCK EMILIE
VIT ET TRAVAILLE ENTRE MONTPELLIER, PARIS ET STRASBOURG

BIOGRAPHIE
Emilie Schalck, reconstitue des espaces anxiogènes emprunt de documents d'archives, de culture(s) "bis", et écrit et réalise des films mélangeant des techniques et des artifices de l'histoire du cinéma ainsi que des images issues de la culture populaire. Ces vidéos et dessins animés sont diffusés sous la forme d'installation et
d'agencement. Entre fantasme et répulsion, elle utilise les médiums comme posture propre et constitue des strates protéiformes comme système de données et de forme à aspect combinatoire dont la question est le dé-placement.

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TEXTE

De l'état des choses ou comment habiter un espace ?

À partir d'une base d'archives et de documents issus de la culture populaire ou d'enquêtes de terrains, je reconstruis des espaces anxiogènes.
Troublant nos certitudes, ces mises en situation sont articulées autour de récits et de fictions empruntées à la spectacularisation et à l'entertainment . Ces reconstitutions interrogent génériquement les images majeures et
mineures de notre culture, au travers d'interrogations sur les médias et leurs
influences dans nos consciences.
Des fragments de documents issus de notre histoire culturelle et artistique
sont utilisés pour réactiver et exploiter leur potentiel narratif et le
détourner .
Par des chantiers en perpétuelle réactivation, sortes de résidence-laboratoire, de strates, j'opère des destructions sur l'image même.

Où comment la matérialité des médiums vidéo et photographique peut prendre espace dans le lieu d'exposition en interrogeant différents niveaux de perception ?

Collecte : en tant que système de données, système de forme à aspect
combinatoire, existant dans un premier temps comme vocabulaire formel
puis comme données spatiales inhérentes à chaque élément du vocabulaire.
Comment rendre compte d'un état des choses que nous ne contrôlons plus ?
L’image propose des seuils à briser, des certitudes à perdre, des identifications à remettre en cause. Images qui ont une double puissance : immédiate visuelle et élaboration théorique.
La question est le dépassement, des contraintes et du conflit, jamais résolu, en un mot la forme d’un dé-placement. C’est peut-être aller vers le Neutre.
Roland Barthes par Roland Barthes.

E.S.

Extrait d'un texte d’Anthony DOMINGUEZ,

Bien plus qu’une triviale critique des systèmes de contrôle de l’expression, l’artiste propose ici une relecture de cette dissolution face à la mémoire collective. Déplacement de contenu formel, du sens des images ou du souvenir de ces dernières, Pornography, Images Indisponibles et Jurisprudence (2 toiles et une vidéo) nous placent face à l’effacement de titres de films censurés, et en conséquence, souvent médiatisés. Ces derniers, amoindris pour des raisons politiques, identitaires ou éthiques, se trouvent ramenés à l’expression de leur contenu par la lettre, lettre torturée qui accompagne dans la mort les séquences effacées. Emilie SCHALCK développe une mise à l’épreuve de l’art face aux multiples rapports de filiation dont il se compose. Que ce soit au travers de la mise en scène du meurtre d’artistes dans des institutions publiques dédiées à l’art, ou par ses interrogations sur la censure, elle exprime la déception, au présent, d’un champ de création qui, bien qu’il exerce sa libre expression, suffoque sous le poids de cadres asphyxiants qui la limitent (Silence ). Que reste-t-il de l’acte artistique après qu’il aie été vidé de son contenu ? L’artiste montpelliéraine pose la question de l’état des choses , et avant tout, de l’état de l’image. Ses pratiques l’amènent souvent à sampler des images, à
les extraire de leurs contextes respectifs, les déconstruire, images mais aussi mots, puis à les repositionner dans un nouveau système, à les assembler. De là ledit déplacement de contenu formel. Emilie SCHALCK crée des images, des simulacres, les « montre pour faire voir », créant de nouveaux jeux de signifiants. « Comment la censure permet-elle de fabriquer d’autres
images ? Comment devient-elle un traitement graphique qui illustre la disparition de l’art ? ». En déconstruisant les fantômes de la mémoire collective, contenus dévorés, il s’agit moins d’un engagement ouvert que de l’émergence de nouveaux flux d’images, sans distinction de caractère (majeures ou mineures, low ou high ), d’un recadrage des points de vue…ou quand l’enfant profite de la mort de son père pour récupérer les fragments de ce qui jadis a été interdit et amputé.

Fantômes sur ordonnance Virginie Lauvergne Mars 2009

Après une ballade dans le Potager du roi, enfin on s’en approche, sans le savoir et l’esprit encore léger. On jurerait alors avoir vu bouger quelque chose, là-bas de l’autre côté de la rive. Intrigués par cette ombre indéfinie venue nous chatouiller le regard ; nous forçant à tourner frénétiquement la tête et à froncer les yeux de surcroît ; nous découvrons vaguement sa présence encore dissimulée par l’épais feuillage des bambous qui l’encerclent. Vestiges d’une maisonnette d’enfant, ou d’un petit cabanon de jardin tombé en décrépitude avec le temps, ou peut être simplement abandonné par pures commodités, puisque jugé trop en retrait du reste du potager. A priori l’atmosphère y semble plutôt sereine. À distance, certains s’y plairont même à imaginer quelques cris d’enfants jouant aux abords de ce bien frêle cabanon. Des cris de jeux relayés par quelques sonorités aujourd’hui désuètes qui s’échapperaient d’un vieux transistor posé sur une nappe, celle là même où les hommes s’adonneraient à la sieste sous le regard bienveillant de leurs fidèles épouses… Certains alors s’en tiendront là, et heureux seront-ils de n’avoir jamais su. Mais pour ceux qui pousseront leur chemin plus loin, insatisfaits par la vision légèrement surannée de ce pique-nique bucolique, d’autres images surgiront alors à leur esprit dès lors que seront atteintes les berges de cette presque-île recluse, sur laquelle la végétation semble avoir repris ses droits sur toute présence humaine dont les marques indicielles semblent avoir définitivement disparues, ou presque…

Et c’est par l’entremise de ce «presque» que, subitement, tout bascule. De la présence humaine ne reste effectivement qu’un dispositif technique et végétal pensé par l’artiste pour construire en environnement propice à inquiéter l’empire de nos sens, plus qu’à les rassurer. L’image du cabanon de jardin familial et sa mièvrerie supposée s’écaille alors pour laisser place au trouble. Un trouble qui se confond avec la plasticité «spectrale» et plutôt repoussante de cette maison au nom plus qu’évocateur. Une lumière diffuse émane maintenant de l’intérieur par les vitres cassées et entretient dès lors un curieux dialogue avec d’autres signaux lumineux plus vifs, dont la violence et la rapidité d’intermittence convoquent d’étranges ombres portées. Effets spectrogènes garantis pour cette maison éventrée par de massifs bambous et recouverte d’une mélasse visqueuse qui s’épanche sur les parois externes, elles-mêmes gangrenées par la prolifération de plantes carnivores et autres graminées aux noms et au formes aussi indociles que dissonants : griffe du diable Martynia Louisianica et Dionaea muscipula Giant Big Mouth… L’image à présent fidèlement reconstituée n’est plus tout à fait la même qu’au début. La porte entrouverte qui nous fait sournoisement de l’œil agit alors comme le condensateur d’une fiction ou de son simulacre soigneusement mis en scène par l’artiste qui tire les ficelles et actionne les mécanismes d’un récit dans lequel le fantastique peut enfin jouer sa partition.

L’envie est pourtant grande de franchir le seuil, mais on ne s’y laissera pas prendre. La scène est bien connue…En revisitant certains codes et utilisant les archétypes techniques des films d’horreur ou de série b, Émilie Schalck substitue l’image paisible de la maison à celle de «l’intranquilité» même. Se déploient alors ici quelques-unes des obsessions de l’artiste sur un nouvel échiquier: emprunts à tous les genres cinématographiques, agencement d’éléments anxiogènes, situations en tension et lourdes de sous entendus qui inscrivent le corps du «visiteur» au cœur du propos et de la mise en scène. Une mise en scène qui ici nous place face à nos propres angoisses, face à nos peurs increvables qui resurgissent paradoxalement en redonnant sa liberté entière à notre imagination. Les réminiscences de nos mystérieuses lectures d’enfance, sollicitées à nouveaux par l’artiste qui intervient comme l’élément catalyseur de ces souvenirs revisités en nous «donnant à voir» une maison dont l’apparente familiarité se retourne en étrange étrangeté, ouvrent alors la voie à de nouveaux lieux à parcourir.

L’œuvre déborde alors de son cadre étroit et revendique enfin sa place dans un monde dans lequel le mystère réinvestit le quotidien, l’étrange s’invente un nouveau territoire sur mesure pour que nos potentialités atrophiées prennent enfin forme. Par l’exercice réfléchi du flottement général et du glissement continu dans l’attente de ce qui pourrait effectivement se produire, naît déjà confusément en nous la certitude d’une hantise insoupçonnée, avant même qu’un ricanement diabolique ne se fasse entendre… La puissance latente de ce sentiment nous envahit progressivement jusqu’à ce que l’on reconnaisse enfin nos intuitions premières, ses sensations presque primitives qui échappent encore par chance à la censure de la société, cet état « premier » en deçà des réductions que le savoir organisé à l’aune du rationalisme impose aux faits, aux choses et aux évènements. La frontière s’avouant ainsi plus fragile qu’elle n’y paraissait entre réel et imaginaire, l’artiste n’hésite pas à se servir du fantastique et de l’humour noir comme les armes d’une nécessaire réponse à un monde qui nie la réalité des antagonismes, et qui fait disparaître l’imaginaire des individus pour mieux les contenir et mieux les asservir. On l’aura compris, quand le quotidien est gangrené par la soumission aux modèles établis, le fantastique, comme le rêve, reste alors le seul territoire où court encore le fantôme de la liberté. Pas étonnant alors qu’ Émilie Schalck nous propose de venir hanter sa propre maison….